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Deux cris d’effroi !

Publié: 19 novembre 2015 dans Paroles de pinceaux !
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Bonjour Chers Vous ! 

Lorsqu’à la fin de ma publication de vendredi dernier je vous souhaitais à tous une excellente fin de semaine, j’étais loin d’imaginer à quel point cette phrase allait se fracasser contre une sanglante nuit. Depuis, et comme nombre d’entre vous je l’imagine, j’ai du mal à trouver le sommeil. Lundi matin m’a vue péniblement émerger d’une semi-torpeur sans me voir accompagnée d’aucune sorte de motivation ni d’énergie. Mardi matin s’est révélé être identique. Après avoir déposé petit chat chez sa nounou, je m’installe à ma table… et j’attends… pas envie de manipuler des couleurs… et surtout : aucune espèce d’ébauche d’imagination… le néant. Je repose donc mes gants sur ma machine à pâte et je recule mon siège. Il n’ y a aura pas de nouvelles pièces cette semaine, j’ai d’autres choses sur lesquelles je dois me concentrer. 

Entre atterrement et colère, j’ai eu un flash de ce que je pouvais vous présenter aujourd’hui. Un cri, ou plutôt, 2. Je vous explique : 

Il y a déjà plusieurs années, à l’époque où je touchais du bout des doigts la fin de mes études d’histoire de l’art, j’ai réalisé deux toiles acryliques à destination d’un ami. Notre enfance et parcours scolaire étaient en parfaite opposition. Il était autant scientifique que j’étais attirée par les arts et autant citadin que j’étais rurale pourtant la même énergie contestataire propre à tout jeune adulte nous animait et j’ai un jour décidé de la représenter sur châssis. Lui était amateur passionné des Pink Floyd et auteur d’un dossier sur l’oeuvre The Wall, et moi j’étais fascinée par les peintures expressionnistes et par leurs précurseurs. Entre Edward Munch et Roger Waters, il y a (étonnamment) un point commun indéniable : l’angoisse absolue symbolisée par un CRI. 

 

cri munch

Skrik, Edward Munch, 1993 (91 x 73.5) Oslo

Je n’ai jamais interprété cette oeuvre comme étant le dessin du cri de la créature du premier plan. Si ce personnage androgyne auquel tout le monde peut s’identifier ouvre ainsi la bouche, c’est pour pour formuler un « OH » de saisissement ; cette fameuse bouche ouverte de stupéfaction ou d’effroi lorsque plus aucun son ne parvient à s’en extraire face à une situation bouleversante. Et si cet être un peu étrange plaque ses mains ainsi sur sa tête, ça n’est pas pour s’arracher les cheveux (qu’il n’a pas) durant son cri mais bien pour boucher ses oreilles et tenter d’atténuer un minimum le hurlement du monde. Car c’est bien le monde qui explose en rouge, orange et jaune, qui crie et qui hurle à s’en déformer lui-même par ondulations (ondes sonores ou ondes de choc ? ). Un traumatisme que l’artiste norvégien mis cinq fois en image. Un traumatisme que tous ne parviennent pas à réaliser comme le prouvent les deux figures nonchalantes qui déambulent en devisant à l’arrière-plan, totalement aveugles et sourdes à la détresse de leur propre univers. 

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wall-poster

Affiche du film The Wall réalisé en 1982 par Allan Parker

Quant à l’affiche du film incroyable The Wall qui a été réalisé bien après la sortie de l’album éponyme, Il s’agit, à l’inverse, de la matérialisation du cri de la conscience humaine qui tente désespérément de s’extraire de la prison morale dans laquelle elle est confinée et qui est symbolisée dans l’oeuvre par le grand mur (de la pensée) représenté sur les pochettes des albums. Le commentaire de ce cri-là pourrait prendre vraiment longtemps et une tournure encore plus conceptuelle donc je m’arrête là. 

Pink_Floyd_-_The_Wall

Jaquette du double album The Wall des Pink Floyd sorti en 1979

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Voici ma propre réinterprétation de ces cris à cette époque (Pardonnez l’approximation du pinceau, vous savez que je suis plus douée pour l’abstrait… et bien c’était encore plus vrai à ce moment !) :

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Ces deux toiles ne font qu’une seule oeuvre et elles ornent encore aujourd’hui le mur du salon de mes amis pour mon plus grand plaisir et pour la plus grande stupéfaction des visiteurs qui ne peuvent s’empêcher d’en demander l’explication. 

cris

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Plus je contemple les originaux plus je les trouve en adéquation avec la situation actuelle.

Je n’ai rien créé cette semaine, je me suis contentée de vous faire part d’une pensée. J’espère que vous m’en excuserez et ne vous en offenserez pas. Promis, je tente de redonner de l’activité aux petites boules de couleurs délaissées sur mon plan de travail pour la prochaine publication. 

Cette fois-ci je ne vous souhaite que de la douceur et des rires. 

Prenez soin de vous et à la semaine prochaine. 

Impressions glissantes…

Publié: 14 octobre 2014 dans Paroles de pinceaux !

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Notre monde est trompeur et abusif de nos sens et lorsque nos sens nous mentent, c’est notre esprit qui pense à côté. Nous croyons voir des formes essentielles là où il n’y a que des volutes élégantes menant à une impasse masquée.

La silhouette humaine tout en bas à droite de la composition n’est pas différente de nous. Assujettie au cadre qui forme les limites de son propre univers, elle a tout de même une chance de toucher les étoiles du bout des doigts ; mais peut-être est-ce utopique ? Faisant partie d’un tout qui la contraint, elle est perdue au cœur d’un macrocosme composé d’une terrible accumulation d’illusions et de déformations. Seuls les astres célestes semblent appartenir à un espace libre mais c’est alors qu’on réalise que le monde est à l’envers et que le ciel n’est pas à sa place en bas.

Les multiples points de fuite que suivent les figures géométriques rendent l’espace de la toile incohérent : impossible qu’autant d’éléments se dirigeant dans des directions aussi différentes constituent un seul et unique univers. Pourtant, dans cet apparent chaos, tout est cloisonné, comme si c’était quelque chose d’essentiel au bon fonctionnement du monde ; d’abord ranger là où ça doit être selon la forme, la couleur où les perspectives, ensuite, si le temps et l’énergie le permettent, tenter d’identifier et de comprendre le sens d’une figure ; et alors seulement, se risquer à adopter une vue d’ensemble. Le bon sens ferait très certainement l’inverse.

(Note personnelle : Aujourd’hui, mes compositions sont plus cloisonnées ; j’espère qu’il ne faut pas y voir une tendance à la catégorisation… Peut-être s’agit-il simplement d’un « trait » de maturité ; consciente que ce qui s’entend bien s’énonce clairement ?)

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Pourquoi ces murs ? Pourquoi ces yeux ? Pourquoi ces couleurs ?

Ben… à vrai dire, ce n’est pas très compliqué. L’intégralité de notre monde est toujours enfermée à l’intérieur de hautes murailles ; qu’elles soient matérielles ou métaphoriques, elles demeurent. Aujourd’hui, nous avons l’habitude d’émettre ponctuellement le genre de déclaration qui met en avant notre liberté de penser et nos consciences libres. (Quoi que…) Pourtant, ici, les yeux, évoluant abandonnés des autres parties du visage, témoignent de la déchirure éprouvée lorsque notre esprit se libère tandis que notre carcasse reste collée à son espace clos et bassement nécessaire.  Ces yeux, miroirs de la conscience visent un idéal apparemment inaccessible et tristement indéfini. Notre capacité à constamment nous figer face aux barrières que nous cherchons en même temps à surmonter constitue notre force la plus capricieuse et la plus méritante. Pourvu que l’on ne se perde jamais au cœur de ce jeu éternel… Et pourvu qu’on le poursuive toujours… 

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Au cœur de notre système, l’astre roi bouillonne, réchauffant les hommes, permettant la nature et illuminant le ciel. Il est à la fois essentiel et inatteignable.

Cherchant constamment sa place et se fabriquant de la chance lorsqu’elle en a besoin, l’humanité tend les bras vers la splendeur inaccessible, rêvant secrètement du jour où elle aussi parviendra à tracer son chemin à travers les étoiles sans se brûler les ailes.

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Est-il bien nécessaire de délier cette composition simple dans une interprétation dont la longueur risquerait largement d’entacher un message clairement mis en couleur ? Je me contenterai simplement d’ajouter qu’ouvrir les yeux sur le monde signifie surtout les fermer aux a priori. Et pour ceux qui se posent la question sur l’arc-en-ciel, il est vrai que cette toile a été peinte dans un contexte de débat politico-social autour de la question de l’homosexualité, mais je suis obligée de reconnaître qu’à ce moment-là,  j’écoutais aussi un peu trop les Pink Floyd…